La brouette de randonnée SHERPA-TREK semble maintenant au point.

Des essais s’imposent surtout du point de vue chargement et maniabilité.

S’il est certain que son usage sur des chemins du type Compostelle est sans problème, cela reste à démontrer pour les GR de montagne.

J’ai donc choisi un endroit que je connaît bien et que j’aime beaucoup : LE QUEYRAS.

Lundi 16 juillet j’arrive à ABRIES vers midi. Avant de partir sur le GR je décide de me restaurer à l’hôtel du mont VISO, au menu brochette de bœuf et jardinière de légumes avec une fondue de poireau à la crème fraîche absolument délicieuse, je vous le recommande, surtout si c’est votre dernier repas, on ne sait jamais ce qui peut vous arriver en montagne.

A 15 heures je suis à l’Echalp ou je prépare mon matériel. Pas très conventionnel pour un randonneur : un grand sac de voyage et un petit sac à dos, et je fixe le tout sur la brouette avec des tendeurs.

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J’ai exagérément chargé : 28 Kg je veux tester l’engin.

Enfin je m’engage sur le GR qui mène au col LACROIX. Ça commence raide, je me mets en position tractée avec la sangle sur les épaules, c’est assez dur comme mise en jambe.

Je croise un randonneur qui me jette un regard dubitatif en me souhaitant bon courage. Il faut bien voir que dans courage il y a cou, mais aussi RAGE, donc je vais y arriver !

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Bon, ça grimpe doucement mais sûrement, enfin j’arrive au col 2289m en partant de l’échalp 1689m  soit 600m de dénivelé. Je suis un peu mort, la fondue de poireau peut-être ?

Descente en Italie, c’est beaucoup moins dur, agréable même. Je suis toujours en position tractée légèrement appuyé en arrière sur la brouette, la charge me pousse. Attention de ne pas se faire embarquer dans les passages très pentus, il suffit de descendre les bras, c’est très facile à contrôler.

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Je m’arrête au refuge Jervis à Ciabot del pra, j’estime que je mérite une bonne bière !

Discussion sur la brouette avec deux jeunes randonneurs très curieux.

Je continue mon chemin dans la vallée en direction du col Seinére et je m’arrête pour bivouaquer dans un petit bois de mélèzes prés du torrent, à sec à cet endroit. Il disparaît en amont à quelques centaines de mètres pour réapparaître en résurgence en aval.

Après m’être installé je constate que j’ai comme voisine une fourmilière géante très active (deux mètres de diamètre et 50 cm de haut). Une colonne de fourmis passe en rang serré à 2 mètres de la tente. Tant pis j’y suis j’y reste.

La vallée est très pastorale, 1700m d’altitude, des moutons et des vaches toutes équipées de cloches, ce qui fait que la vallée résonne d’un incessant carrillonnage. Du coup je sort mon saxo (j’ai oublié de vous dire que j’ai aussi un saxo dans mon chargement, vraiment peu orthodoxe pour la randonnée) je pense que je ne gênerai personne. Par contre je suis gêné par les mouches et les moustiques, il y en à autant qu’en Camargue, heureusement en moins féroce.

Petit exercice de patience et de stoïcisme : un arceau de la tente s’est brisé comme du verre et à traversé le double toit, je répare un faisant une couture, rien que de passer le fil dans le chas de l’aiguille m’a pris dix minutes en essayant d’écarter les mouches et les moustiques qui me vibrionnaient autour du nez. La prochaine fois je prendrais un kit de réparation auto collant.

Je me mets au dodo, peut-être que les fourmis vont me dévorer dans la nuit et que demain matin il ne restera que mon squelette. 

Mardi 17. Les premiers rayons de soleil me réveillent. J’ai dormis comme un loir, ou plutôt comme une marmotte. Petit déjeuner, les fourmis commencent à inspecter le campement, il est temps de partir. J’ai dû embarquer quelques fourmis en pliant la tente, je les retrouverai ce soir.

Arrêt dans le petit hameau Partia d’amunt pour prendre de l’eau à la fontaine qui se déverse dans un tronc d’arbre creusé. Architecture des maisons typiquement piémontaise, très basses et recouvertes de lauzes. Ma méditation est arrêtée par une brûlure très vive au pied. Je me déchausse en hâte sous l’œil amusé d’un paysan, c’était une fourmi ! Je lui rend la liberté elle me rend mon doigt de pied, et nous nous quittons bon amis.

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Autre arrêt un peu plus loin pour la toilette dans le torrent.

Je continue tranquillement avec l’intention de le prendre cool, la mise en jambe m’a fatigué.

A 2125m un petit lac est indiqué sur la carte : il est à sec.

Il y a un monument en souvenir du crash d’un avion américain en 1957, qui a fait 9 victimes et 1 rescapé, ce qui est miraculeux vu la configuration du terrain. Il reste l’hélice un train d’atterrissage et une partie du moteur.

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Je m’arrête au refuge Granero 2356 m. pour prendre un thé. Je n’ai pas fais beaucoup de chemin (environ 600m de dénivellè) mais je décide de bivouaquer sur une bosse qui domine le lac Lungo, c’est très joli. Surprise il y a un canoë jaune, ah là là, alpes, au secours tout fout le camp !

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Mercredi 18. Le matin reflets d’argent sur le lac, magnifique.  Le canoë est toujours là.

Bonne nuit, bien reposé.Petit déjeuner, toilette rafraîchissante dans le torrent.

Je continue en direction du col, ça grimpe très fort par endroits, c’est dur. Arrêt casse croûte.

Un peu avant d’arriver au col je croise trois randonneurs qui font étapes en gîtes. Ma brouette les intéresse et pense que ce serait idéal pour faire le tour du Mont Blanc. Bonne idée. Les derniers cinquante mètres de dénivelés sont vraiment très durs. Je pense à Annibal qui a passé les alpes avec des éléphants. Je devrais bien passer avec une brouette, non !

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Enfin ça y est, je suis épuisé. Repos j’essaie de voir le Viso qui joue à cache cache entre les nuages. J’arrive à faire une photo. Je me sens mieux et attaque la descente, aucun problème, le bonheur en comparaison avec la montée. Direction le refuge du Viso, dans certaines portions de chemin je peux même courir (avec 28 kg), on m’a parlé de la tarte aux myrtilles du refuge.

Arrivée sous l’œil intrigué d’un groupe de randonneurs. Je commande un thé et LA tarte aux myrtilles. On ne m’a pas menti, grandiose, mérite 1000m de dénivelé.

Après ça je pousse jusqu’au lac Lestio. Un vent glacial. J’examine le GR du col de Valante et décide de faire une reconnaissance sans la brouette. J’ai bien fait c’est un dénivelé de 300m dans un terrible pierrier avec passages sur névé. Je ne passerai pas avec ce chargement (c’est la moitié de mon poids). Surprise, à la descente je croise un randonneur pas tout jeune (un Suédois), avec son VTT sur l’épaule et un gros sac à dos, il galérait vraiment. Il espérait passer la nuit à Ponte Cianale.

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Je bivouaque un peu en dessous du lac. La nuit porte conseil. Je reviendrai passer ce col avec un matériel plus conventionnel. Avant de partir je remonte au col car la veille j’étais monté sans l’appareil photo. J’en profite pour dire q’une photo me prend pas mal de temps, je suis seul, il faut placer l’appareil sur son pied, cadrer et courir se mettre en position dans les dix secondes du déclencheur. C’est quelques fois un peu acrobatique. Il y a même des photos où je ne suis pas. Je rencontre trois hommes armés de pioches : ils assurent l’entretien du chemin. Je les remercie chaudement au nom de tous les randonneurs. Le Viso est toujours dans les nuages.

Jeudi 19. Je lève le camp et retour vers l’échalp. Descente très facile, un vrai bonheur, aucun effort. Je croise beaucoup de monde, arrêts fréquents pour discussion. Deux randonneuses très sympathiques me posent des questions et se demandent pourquoi j’ai un chargement si lourd.

Quand je parle du saxo  elles déclarent qu’elles ne bougeront pas avant d’avoir entendu un concert. Je m’exécute et leur joue « Flamingo » un morceau très lent en accord avec le lieu.

J’ai reçu en échange deux abricots. Et  j’ai mangé avec le plus grand plaisir mon premier cachet de musicien.

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Arrivée à l’échalp vers 16h et départ sous des gouttes de pluie.

Je retourne chez moi, pour modifier mon équipement, plus conforme à la randonnée.

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Dimanche 22. Je suis de retour à la roche écroulée, un peu après l’échalp. Cette fois j’ai un sac à dos classique de rando et un plus petit. J’ai réparti le chargement en mettant le matériel le plus lourd dans le grand et le plus léger dans le petit. Le grand est fixé sur la brouette et le petit sur le grand. J’ai remplacé le saxo par un Ocarina,beaucoup plus léger, c’est un instrument de berger Italien. Il est en terre cuite et se joue comme une flûte traversière. Ça a la forme  d’un avocat (le fruit) avec un son de bouteille. 

En route pour le col Valante. Cette fois j’ai l’impression de ne rien traîner.

Tout va bien. J’arrive rapidement au pied du col Valante et commence l’ascension. Cette fois j’ai le petit sac sur les épaules (environ un quart de la charge totale) cela libère la brouette et je passe les pierriers et les névés sans difficulté particulière en position tractée avec le harnais.

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Toutefois le sentier est facile à perdre, il y a bien des kerns et des traces de peinture mais on ne voit pas toujours très bien la trace dans les rochers. De plus l’attention est focalisée sur l’endroit ou l’on doit poser les pieds on perd facilement les repéres.

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enfin le col Valente, finalement moins dur que prévu.

   

Avant de redescendre je consulte la carte pour vérifier l’itinéraire pour passer dans la vallée de la Soustra par un col dont le nom n’est pas indiqué sur ma carte. CALAMITAS j’ai laissé mes lunettes dans la voiture ! Impossible de lire la carte.

Je me souviens qu’il faut tourner à droite, je descends. Je suis dans une vallée étroite et de l’autre coté, un superbe bouquetin mâle m’observe. Il est à 100 m. je m’arrête et sort mes jumelles. Magnifique, il n’a pas l’air inquiet du tout, il s’est même couché tout en continuant à m’observer.

Je continue à descendre, au moins 300m. Enfin un chemin qui remonte. Encore un bouquetin, une femelle cette fois. Je regrimpe les 300m, arrive au col Losetta 2872m et constate qu’il y a un chemin plus direct (à peu prés en corniche) qui mène au col Valente. Ça m’apprendra à être distrait.

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Le Viso est magnifique, ce soir pas de nuage. J’entends des chutes de pierres qui font un grondement qui résonne dans la vallée. Inquiétant.

Je descends de 300m coté vallée de la Soustra pour bivouaquer dans un univers un peu moins hostile qu’au col. Descente dans une piste tracée dans une sorte de poudre de pierre qui ne tient pas sous la semelle.

Total du dénivelé de la journée : environ 1400m. Pas si mal avec la brouette.

Je me prépare une bonne gamelle bien consistante. J’essaie de charmer les marmottes avec l’Ocarina. Pas évident à maîtriser l’instrument ! Il faut sûrement être berger depuis plusieurs générations pour en tirer quelque chose d’agréable.

Lundi 23. Il a fait froid cette nuit. J’ai pris l’onglée en rangeant le matériel. Je me réchauffe à la descente. Arrivée à Gr del Rio (1100m) sans aucun problème.

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Là je ne vois pas d’autre alternative pour monter au col Agnel que de prendre la route.

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J’échange mes chaussures de rando contre des espadrilles, et en avant. Heureusement très peu de voitures, mais un vent terrible qui me fait faire des embardées. J’ai fais toute la montée en poussant, c’est la position la plus confortable, car à l’équilibre tout le poids est sur la roue : il n’y a qu’à pousser.  Enfin le col 2744m. Je prends une traverse qui n’est pas indiquée sur la carte pour rejoindre le col Vieux (2806m). Toujours ce vent. J’attaque la descente vers l’échalp, en espadrilles.

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Il paraît qu’au Népal, les Sherpas sont en Tong avec des charges pouvant atteindre 110gks. En fait je porte les espadrilles car j’ai oublié de me raccourcir les ongles et j’ai les gros orteils très douloureux, et dans la descente, avec les chaussures, je dois marcher en recroquevillant les doigts de pieds et ce n’est pas confortable.

Rien à signaler sur le retour à la roche écroulée sauf un arbre qui a trouvé chaussure à son pied.

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Arrivée à la voiture, je constate que j’ai perdu la clef 6 pans qui me permettrait de plier la brouette pour la mettre dans le coffre. Tant pis je la mets sur le siége arrière.

Départ sous la pluie, ça devient classique.

CONCLUSION

Pour moi l’essai est positif, mais il ne faut pas chercher à prendre plus de matériel qu’on ne le ferait avec un sac à dos. C’est toutefois possible au détriment du confort.

La position des poignées est fonction de la taille de l’utilisateur : régler à hauteur de coude lorsque la brouette est en position verticale.

La prise en main de la brouette n’est pas immédiate, il faut trouver sa position d’équilibre, savoir apprécier le chemin pour décider s’il faut pousser ou tirer, s’il est utile d’utiliser le harnais.

L’amortisseur de traction du harnais est très efficace : aucune douleur d’épaule.

D’autre part le chargement est très important : placer les choses les plus lourdes le plus prés possible de la roue et fixer par des tendeurs ou des sangles tout les paquets en évitant absolument tout brinquebalement qui déséquilibrent la brouette.

Il est préférable de fractionner le paquetage en deux : environ 3 quarts de la charge dans un sac de voyage fixé sur la brouette et un quart dans un sac à dos attaché sur le sac de voyage.

Cela permet d’alléger la brouette dans les passages difficiles, et d’autre part le petit sac à dos permet de faire des randos légères en laissant le gros matériel avec la brouette.

Le fait d’avoir les mains constamment mobilisées n’est pas un problème, passé la période d’apprentissage (quelques heures) on n’y pense plus.

On peut même courir presque normalement avec une charge de 20kgs. Impossible avec un sac à dos

J’avais arrêté la randonnée avec bivouac depuis 25 ans à cause de mon dos. C’est maintenant redevenu possible. Autre misère : un dénivelé de 600m en descente avec une charge sur le dos, même modeste est fatale à mes genoux. Avec la brouette pas de problème, j’ai même l’impression qu’elle remplace, dans une certaine mesure, la fonction des bâtons.

Il n’est pas nécessaire d’attendre d’être vieux pour utiliser la brouette, j’ai croisé quelques groupes de jeunes très chargés qui à mon avis se gâchaient le plaisir, pourquoi souffrir?